Réseaux sociaux en RDC : quand l’Etat bloque, les internautes débloquent

Réseaux sociauxBoom de réseaux sociaux dans le monde © Stuart Miles

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Le 7 août dernier au soir, l’accès aux réseaux sociaux a été perturbé en RDC. L’Etat congolais avait ordonné aux réseaux des télécommunications de restreindre l’octroi des données internet pour éviter les échanges entre internautes. Finalement, le 11 août que tout est revenu à la normale. Comment les Kinois font-ils face à cette restriction de liberté ? Ils recourent au Réseau Virtuel Privé (VPN).

Lundi 7 août 2017, la ville de Kinshasa a été secouée par des attaques de membres présumés du mouvement politico-religieux Bundu dia Mayala tenu par l’acteur politique Ne Muanda Nsémi, récemment évadé de la prison de Makala. Avec des bandes rouges autour de leurs têtes, ces personnes réclamaient le départ de l’actuel président de la RDC, Joseph Kabila.

Mais leur marche dans différentes parties de la capitale congolaise a tournée court. Les sympathisants du mouvement Bundu dia Mayala ont dû faire face aux forces de l’ordre et ce fut le début de la confrontation. Bilan des affrontements : 19 morts et quelques blessés, selon les sources policières congolaises, au moins 27 morts selon l’ONG Human Right Watch.

A la suite de ces affrontements, des images de personnes gisant dans le sang, celle d’un policier abattu et d’autres images des violences se sont mises à tourner en boucle sur les réseaux sociaux. Twitter, Facebook, Whatsapp, Instagram … ont été inondés de messages pour la plupart hostiles au pouvoir en place. Tous ces événements se sont passés au lendemain de deux journées « ville morte » décrétées par le Rassemblement de l’opposition.

Pour « prévenir ou limiter le dérapage », le gouvernement a intimé l’ordre aux opérateurs de télécommunications de restreindre le partage d’images en RDC. Le communiqué de l’Autorité de Régulation de la Poste et des télécommunications (ARPTC) est publié vers 21 heures de Kinshasa.

« En vue de prévenir les échanges abusifs des images via les réseaux sociaux entre abonnés de votre réseau, je vous prie de prendre, dès réception de la présente, les mesures techniques préventives susceptibles de réduire au strict minimum la capacité de transmission d’image » lit-on dans le communiqué signé par le directeur de cet organe.

Les internautes débloquent

Bien avant la publication du communiqué, des personnes prévenaient déjà sur la possibilité de coupure de réseaux sociaux. Les posts des uns et des autres autour de 19 heures en disent déjà long.

« Allo ! VPN tu es où ? » peut-on lire sur le post d’un utilisateur de Facebook. « Faites attention, téléchargez d’ores et déjà le VPN,  car on risque de couper la connexion», écrit un autre. C’est comme s’ils étaient déjà informés.

Presentation de l’équipe ACTUALITE.CD en 2016 ©ACTUALITE.CD

Même dans la salle de rédaction d’ACTUALITE.CD, un média congolais en ligne, tout semble connu d’avance. « Il faut télécharger VPN, ce n’est pas une blague », dit le directeur de publication à ses collègues journalistes.

Quand l’Etat congolais s’active à bloquer ou à restreindre l’usage de réseaux sociaux, les internautes, eux, s’affairent à se transmettre des messages pour contourner les mesures. Cette fois-ci ils ont bien eu l’Etat congolais, du moins pour les plus branchés d’entre eux, d’autant plus que ce n’est pas la première fois que l’usage des réseaux sociaux est restreint en RDC.

Janvier 2015 et décembre 2016, l’accès aux réseaux sociaux avait déjà été bloqué en RDC

Ce n’est pas la première fois que l’Etat congolais a recourt à cette méthode, l’argument pour restreindre la communication sur ces outils : risque de trouble à l’ordre public. Quasiment plus d’accès à Facebook, Twitter, Whatsapp, instagram et aux autres réseaux… Déjà autour des élections, en janvier 2015, il y avait eu une restriction pour les internautes. Un projet de révision de la loi électorale avait provoqué des manifestations à Kinshasa d’une ampleur inattendue, les réseaux sociaux  ont été coupés pendant plusieurs semaines.
En décembre 2016, cette restriction a eu lieu à nouveau, à quelques jours du 19 décembre 2016, date de la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila. L’Etat congolais avait surpris les utilisateurs des réseaux sociaux, mais les plus malins d’entre eux avaient réussi à téléchargé VPN pour continuer à naviguer facilement. Depuis, beaucoup l’ont appris à leurs dépens : quand il y a tentative de blocage, ils recourent aux méthodes de déblocage.

L’Etat bloque, les internautes débloquent, et la vie continue. Ca se passe nul part ailleurs qu’en RDC.

Franck Ngonga

 

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