RDC : ces kinois qui en ont assez de l’action ville-morte

Victoire, l'un de coins chaud de la ville de Kinshasa © ACTUALITE.CD

Le Rassemblement de l’opposition, plateforme opposée au pouvoir de Joseph Kabila, a appelé à deux journées ville-morte le mardi 8 août dernier et le mercredi 9 août sur toute l’étendue de la RDC. Ceci pour obtenir d’ici la fin du mois de septembre la publication du calendrier électoral de la part de la Commission Électorale Nationale Indépendante. Cette plateforme dirigée par Félix Tshisekedi et dont Moise Katumbi est membre, ne jure que par la tenue de la présidentielle à la fin de cette année. Mais comment les Kinois perçoivent-ils ces journées villes ?

Entre l’envie de survivre et la peur de sortir, les avis sont partagés

Mardi 8 août 2017, Kinshasa se réveille dans une paralysie de toutes activités économico-sociales. Tout tourne au ralenti dans la capitale congolaise. Les transports en commun sont rares, les boutiques, magasins, pharmacie, marchés sont restés fermés presque toute la journée. Kinshasa, ville habituée aux bruits et aux embouteillages sur ses grandes avenues a changé de visage. Les quelques rares Kinois (habitants de Kinshasa) qui voulaient se rendre sur leurs lieu de service n’ont pas trouvé de moyen pour. Et certains n’hésitent pas à afficher leur mécontentement.

Image du trafic routier à Kinshasa le 7 août 2017 © Franc Ngonga

Olivier Kanda, la trentaine, n’en revient pas. Au regard de la situation économique de l’heure, il conteste l’appel à deux jours de villes mortes décrété par le Rassemblement. Avec son sac à main, il attend avec impatience le transport en commun qui n’arrivera finalement pas…

« Nous vivons au taux du jour. Actuellement la situation économique du pays est catastrophique. Rester deux jours à la maiso, c’est faire souffrir nos enfants pour rien. Le Rassemblement devrait changer de stratégie en tout cas, sinon ça ne va pas», a-t-il déclaré en attente d’un bus à Kitambo Magasin, un des coins chaud de Kinshasa.

Un peu plus loin se trouve Henri, une vingtaine d’année. Tout comme Olivier, il critique les actions du Rassemblement de l’opposition. D’après lui, la politique de la ville morte ne marche pas du tout.

« Du vivant d’Etienne Tshisekedi, nous avons fait des villes mortes et ça n’a rien apporté. Aujourd’hui nous repartons de plus belle avec cette stratégie ? Je pense que ça ne profite pas au peuple congolais habitué à vivre au taux du jour. On devrait arrêter avec ça », dit-il.

Si Olivier et Alain plaident pour le changement de stratégie de la part du Rassemblement compte tenu de la situation économique critique, d’autres Kinois ne voient pas les choses sous cet œil. Ils encouragent plutôt les actions de cette plateforme, notamment les journées ville-morte.

Nous sommes à Limete (l’une de commune de la ville de Kinshasa) fief historique de l’opposition congolaise. Ici, beaucoup de personnes rencontrées soutiennent mordicus ces actions.

« C’est une façon de faire pression pour réclamer les élections. S l’on ne sait pas se sacrifier, comment sauront nous libérer notre pays ? Nous devons faire plus que ça. Déjà aujourd’hui tout nous a réussi, et j’espère que demain sera pareil », argue Patient Mutomb.

A Ngamba (une de 24 communes de Kinshasa), nous retrouvons Irène Kalila, qui invite les rares commerçants ayant ouvert leurs boutiques à fermer.

« C’est la ville morte ce mardi, vous n’êtes pas au courant ? La mobilisation doit continuer encore demain, nous devons aller de l’avant mes frères et sœurs. Mercredi on ouvre pas non plus », les invite-t-elle.

Mercredi 9 août, la mobilisation baisse d’un cran

Si le mardi 8 août Kinshasa a vraiment ressemblé à une ville-morte, le mercredi 9 août ce n’était pas le cas. Les activités économiques et sociales reprennent, bien que timidement. Les transports en commun étaient assez perceptible sur les grandes avenues de la capitale. La vie a repris petit à petit. Les Kinois en ont-t-ils assez de cette stratégie ?
C’est en tout cas ce qu’affirment certains d’entre eux qui se sont levés tôt ce matin pour se rendre à leurs services respectifs.

Reprises timide de trafic à Kinshasa ce 9 août 2017 © Franck Ngonga

« Trop c’est trop, nos politiciens semblent nous rouler dans la boue. Deux jours de ville morte et on mangera quoi ? Du sable ? Non moi je sors », nous dit l’un d’entre eux.

« Bien sûr que nous avons envie du changement, mais ça ne viendra pas comme ça, lorsque l’on sait déjà que cette stratégie n’avait rien apporté du vivant de papa Etienne Tshisekedi », ajoute un autre.

Visiblement, certains kinois en ont assez de cette action ville-morte. Ils veulent survivre au jour le jour. Le 8 août dernier, paralysie totale des activités dans la capitale congolaise. Mercredi 9 août, les activités commerciales reprennent timidement dans la matinée, les transports en communs circulent de nouveau. Entre temps certains kinois se plaignaient de cette stratégie du Rassemblement.

Franck Ngonga

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