En RDC, un an déjà que le Rassemblement de l’opposition peine à mobiliser

Etienne Tshisekedi, feu président de l'UDPS à Bukavu (RDC) lors de la campagne électorale pour les élections de 2011 ©Nicolas Pinault/VOA

Le 19 septembre dernier, le Rassemblement de l’opposition a organisé une messe en mémoire des personnes tuées lors des manifestations les 19, 20 et 21 septembre 2016 à Kinshasa (RDC). Plusieurs cadres de cette plateforme ont pris part à cette messe afin de « recommander les âmes de disparus à Dieu ». Un an après, l’opposition peine à réussir des grandes actions de rue. Toutes ses tentatives sont bloquées par le pouvoir en place. Retour sur quelques rendez-vous manqués.

Nous sommes le 19 septembre 2016. A Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), on s’acheminait petit à petit vers la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila. A trois mois de la date butoir du 19 décembre, le Rassemblement de l’opposition, avec à sa tête Étienne Tshisekedi, a appelé à une manifestation monstre pour exiger la tenue des élections et ainsi infliger un premier carton jaune à Joseph Kabila, avant un autre en novembre, puis un carton rouge en décembre 2016.

Les sympathisants de cette frange de l’opposition ont bravé la peur et sont sortis manifester. Bilan : plusieurs morts (32 selon la police, une cinquantaine selon des ONG), beaucoup de blessés et d’important dégâts matériels. Certains cadres de l’opposition sont en même temps interpellés. Kinshasa a vraiment retenu son souffle en ce jour. Depuis, l’opposition peine à rassembler pour les manifestations de rue. Un an jour pour jour après ces manifestations, le Rassemblement de l’opposition (Rassop) appelle à des mobilisations populaires, des meetings publics ou des manifestations de rue, mais sans parvenir à rééditer l’exploit du 19 septembre 2016.

A chaque fois que le Rassemblement invite la population à manifester pacifiquement, la police et les forces de sécurité sont déployées en masse, des camions antiémeute et des jeeps des service de l’ordre patrouillent la ville, placés dans certains coins de Kinshasa. Finalement, les manifestations transforment Kinshasa en ville morte. Entre la volonté de réclamer son droit et la peur de se faire arrêter par la police, les Kinois ont opté pour la deuxième option : rester à la maison à l’abri de botte de la police, des gaz lacrymogènes et du crépitement des armes.

Du vivant d’Étienne Tshisekedi, le Rassemblement avait déjà du mal à mobiliser

Le 19 septembre 2016 était la dernière démonstration de force du Rassop à Kinshasa. Qui pouvait croire que même les appels du « sphinx de Limite » ne pouvaient pas aussi tant mobiliser ? Pourtant, le 19 novembre 2016, Tshisekedi avait rendez-vous avec les siens au boulevard triomphal de Kinshasa pour un meeting populaire. La manifestation n’a pas eu lieu. Le domicile du « Leader maximo », comme l’appelaient affectueusement certains de ses proches, était totalement encerclé par la police. Le siège de l’Union pour le démocratie et le progrès social, son parti, aussi.

L’espace Triomphal, lieu où devrait se tenir le meeting, a été transformé en un stade. De 6h du matin à 18h, des footballeuses se sont livrées infatigablement à un long et interminable match de football. Malgré cet étouffement du meeting de l’opposition, Kinshasa a tourné au ralenti en ce 19 novembre 2016. Une militarisation de la ville qui n’a pas permis au Rassop de se déployer. Pour une fois, Tshisekedi père ne pouvait rien faire.

Le 19 décembre 2016, jour de l’exhibition du carton rouge à Joseph Kabila, rien ne s’est également passé. Tshisekedi avait appelé les congolais à rester mobilisés pour exiger l’alternance à la tête du pays. Finalement le carton rouge n’a pas été exhibé, le meeting n’a pas eu lieu.

Pour cause les négociations menées par les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo. Sous leur direction, le pouvoir et l’opposition ont signé le 31 décembre 2016 l’Accord de la Saint Sylvestre, qui prévoit une transition politique et des élections en fin 2017. » Tout était calme, comme l’avait dit Justin Bitakwira, actuel ministre de développement rural en RDC : « Le 19 décembre, il y aura le phénomène Trump. Certains prédisent le chaos mais il n’y aura rien du tout », avait-il avancé au micro d’Actualite.cd.

 Le père meurt, le fils le remplace mais le Rassemblement peine toujours à mobiliser

Rassemblement, RDC

Félix Tshisekedi, président du Rassemblement ©Stanys Bujakera ACTUALITE.CD

Après la mort d’Etienne Tshisekedi, son fils, Félix Tshisekedi, prend la tête du Rassemblement de l’opposition. Il est radical comme son père. Dès sa nomination le 3 mars dernier, il promet de continuer la lutte et d’œuvrer en vue de l’alternance en RDC.

Après l’échec des discussions sur l’arrangement particulier qui devrait établir les modalités pratiques pour la mise en oeuvre de l’accord du 31 décembre, le Rassop avait appelé à une marche pacifique pour manifester leur mécontentement. La date était déterminée : lundi 10 avril 2017. Pour son premier baptême de feu, le Rassop orphelin d’Etienne Tshisekedi n’a pas réussi son pari. Comme d’habitude, le pouvoir a tout interdit. Les forces de l’ordre et sécurité patrouillent la ville de Kinshasa. Tout était calme : boutiques, marchés, transports en commun quasiment fermés. L’opposition n’a pas marché, Kinshasa a tourné à la ville morte. Interrogé à propos de cet échec, Martin Fayulu, cadre du Rassop, nous a avoué qu’ils avaient changé de stratégie en optant pour des marches parcellaires afin « de ne pas livrer la population au carnassier ». Là encore, le rendez-vous est manqué.

Le dernier échec dans la mobilisation date d’il n’y a pas longtemps. Le 8 septembre dernier, le Rassemblement a encore une fois de plus donné un rendez-vous à ses sympathisants pour un meeting populaire.  Pour la unième fois le pouvoir a tout interdit. Même lors de son retour à Kinshasa, Félix Tshisekedi ne s’est pas offert un bain de foule comme il le souhaitait. Il a été escorté par la police de l’aéroport de Ndjili jusqu’à sa résidence.

Voilà une année jour pour jour que le Rassemblement de l’opposition peine à réussir ses manifestations de rue. Doivent-ils changer de stratégie ? Le peuple en a-t-il assez des opposants ? Le pouvoir a-t-il peur de la capacité de mobilisation du Rassop ? Les questions politiques agacent-elles les congolais ? Autant de questions qui restent jusqu’à présent sans réponse.

Franck Ngonga

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