RDC, Kinshasa : de « Kin la belle » à « Kin la poubelle »

Kin la belle à Kin la poubelle

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Kin la belle ou Kin la poubelle?

« Après la pluie vient le beau temps » ! Depuis quelques années, dans les rues de Kinshasa, la capitale congolaise (Kin la belle),cet adage est devenu une véritable abstraction. Après la pluie vient plutôt des moments d’inquiétudes pour les riverains. Intense frustration pour les piétons, grincement de dents pour les automobilistes. Car les routes qui sont pour les uns pleines de nids de poule et pour les autres non asphaltées, cela rend la circulation impraticable ou presque. Du coup, tous les kinois se transforment en sportif !

15h45 à Kinshasa, une  fine pluie froide s’abat sur la capitale en ce 21 mars. Dans le mini-marché de Delvaux, sur la route qui relie Matadi à Ngaliema, difficile de faire ses provisions. Les eaux de pluie stagnent, la boue s’accumule et cela empêche le  bon déroulement des activités. Patrick Makambo, 15 ans, visage tendu. Entre ses mains, son sac et ses 1000FC. Il éprouve des difficultés pour  se procurer les amarantes à cause d’énormes flaques de boue qui le séparent du stand et de la vendeuse.

« Difficile de faire ses achats ici après la pluie. Les activités sont paralysées. Les routes, les marchés sont très sales. Des sachets trainent partout à même le sol. C’est la crasse! », déplore-t-il.

Kin la belle

Il  y a  aussi les odeurs nauséabondes de la décharge publique située près du marché et qui gâchent l’ambiance. Solange Mbula ne supporte plus les mauvaises odeurs qui se dégagent, elle est obligée de se déplacer avec un mouchoir sur le nez. « Insupportable », nous dit-elle, « je ne comprends pas comment tous ceux qui vendent par ici font pour vivre avec ces odeurs», ajoute-t-elle.

Soudain, un taxi bus (communément appelé « esprit de mort ») vient stationner près de l’entrée principale du marché et laisse descendre des passagers. Le temps pour eux de descendre et les autres passagers du bus ont du mal à supporter l’odeur qui leur parvient !

« Kitisa vitre nayo, chauffeur po awa tozo koka te », demande l’un d’entre eux. « Papa y ope Kita Mbangu po to leka décharge oyo », tonne pour sa part le chauffeur sur le passager qui descend lentement du véhicule.

Le mini-marché de Delvaux dans la commune de Ngaliema n’est pas le seul site mal entretenu où l’insalubrité règne en maître. De Maluku, en passant par Bandal, Ngaba, Ngiri Ngiri, Selembao et d’autres communes, le scénario reste le même dans les différentes rues de la capitale congolaise. Des sacs en plastic jaugent les artères secondaires, les eaux de ruissellement parfois non canalisées sont à la base de plusieurs maladies. « Kin la belle », serait-elle en train de perdre peu à peu sa beauté pour se transformer en poubelle ?

Des organisations de la société civile interpellent le gouvernement

De l’avis de certains observateurs, Kinshasa surnommé « Kin la belle » pour sa propreté à l’époque de Mobutu, est en train de perdre cette beauté. Des organisations de la société civile montent de plus en plus au créneau pour dénoncer cette insalubrité grandissante. Le 22 février dernier, La Lucha et « Il est temps », deux mouvements citoyens de la jeunesse, avaient organisé un sit in devant l’hôtel de ville de Kinshasa pour exiger du gouvernement provincial qu’il s’attaque à cette question.

« Lucha a lancé une campagne « Kinpropre » pour dénoncer l’inaction des autorités urbaines dans la gestion des déchets qui rendent la ville insalubre. Nous voulions déposer notre mémorandum à l’autorité, mais nous avons été tabassés avant d’être jetés dans les cachots pendant 72 heures », a déclaré Bienvenu Matumo , l’un des militants de la Lucha.

Depuis 2016 ces mouvements citoyens tentent d’organiser les salongo chaque week-end, mais ils font toujours face à l’interdiction des autorités locales.

« Nous avons toujours faits des salongo. Mais les bourgmestres de commune nous répriment à leur tour lorsque nous annonçons une action de salongo dans une commune », s’est-il indigné, mais nous maintenons malgré tout nos actions salongo, contre l’avis des autorités.

Entre sensibilisation et curage des eaux, les solutions fusent de partout

Face à cette situation, des pistes de solutions fusent de tout bord. Le gouvernement provincial a déjà entamé l’opération de curage des caniveaux dans la ville. En même  temps l’évacuation des décharges publiques s’effectue dans certains coins de Kinshasa.

Si le Gouvernement s’attelle pour le moment sur le curage des caniveaux, la Lucha, elle, met l’accent sur la sensibilisation. D’après Bienvenu Matumo, en dehors de salongo que ce mouvement compte reprendre, il organise aussi des séances de sensibilisation de la population.

«En même temps, nous sensibilisons la population à l’assainissement de la ville et à la bonne gestion de tous ses déchets ».  

De son côté, John Ngonga, coordonnateur de l’ONG « environnementale SOS Oxygène », préconise l’installation des décharges contrôles dans  chaque quartier de Kinshasa et la sensibilisation de la population à la culture de l’assainissement.

« La sensibilisation de la population à la culture de l’assainissement est une solution durable. Il faut aussi insister sur l’installation de décharge contrôle dans les quartiers, dans chaque district et le dépôt de transit dans chaque quartier. Et surtout sensibiliser et informer la population sur les conséquences de rejet de déchet dans l’eau et dans le sol », a-t-il proposé.

Autant de solutions qui pourraient redonner à la capitale congolaise toute sa beauté, afin qu’elle brille à nouveau, et qu’elle redevienne « Kin la belle ».

Franck Ngonga

 

 

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